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Morphologie

Et si on nous avait appris à complexer ?

24 août 2026

Et si on nous avait appris à complexer ?

Vous vous souvenez de Bridget Jones ?

Bridget était «grosse».

Enfin… grosse selon Hollywood.

Parce qu'en y repensant aujourd'hui, c'est quand même assez drôle.

Une femme avec un corps tout à fait ordinaire, quelques kilos en plus que l'idéal ultra-mince de l'époque… et voilà :

culotte gainante, régime, balance, complexes et catastrophe nationale.

Renée Zellweger elle-même trouvait cette obsession autour du poids de Bridget assez absurde. Elle expliquait que Bridget avait simplement un corps normal, mais qu'on la faisait rentrer dans une époque où la norme de beauté était extrêmement mince.

Et puis il y avait Janet Kyle dans Ma famille d'abord.

La mère «ronde».

Celle qui fait des blagues sur son poids.

Celle dont le corps devient régulièrement un sujet de plaisanterie.

Là encore, on nous a appris à regarder une femme avec un corps parfaitement ordinaire en nous disant :

«Regardez, elle est grosse.»

Et nous, tranquillement devant notre télévision :

«Ah oui.»

C'est peut-être ça qui est le plus intéressant.

Pas Bridget.

Pas Janet.

Nous.

Parce que finalement… qui nous a appris à regarder notre corps comme ça ?

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi votre ventre vous dérange ?

Pourquoi vos cuisses devraient être plus fines ?

Pourquoi votre peau devrait être parfaitement lisse ?

Pourquoi, après 40 ans, on commence à trouver «normal» de vouloir cacher ses bras ?

Et surtout…

Qui vous a appris que c'était un problème ?

Parce qu'à trois ans, vous ne regardiez probablement pas votre ventre dans le miroir en pensant :

«Il faudrait vraiment que je fasse quelque chose pour ces abdos.»

Vous aviez probablement d'autres priorités.

Comme manger du sable.

Puis on grandit.

Et on apprend.

À travers les magazines.

La télévision.

Les publicités.

Les vêtements.

Les remarques.

Les photos retouchées.

Et aujourd'hui, les réseaux sociaux.

Petit à petit, certains corps deviennent «beaux».

D'autres deviennent «à corriger».

Et le problème, c'est qu'à force de voir les mêmes corps présentés comme la norme, on finit par regarder le nôtre avec leurs yeux.

La recherche le montre : l'exposition répétée à des représentations féminines idéalisées dans la publicité est associée à davantage d'insatisfaction corporelle et de comparaison sociale. Une revue systématique portant sur 95 études retrouve notamment ce lien.

Et là, on arrive à la partie assez brillante du système.

Parce qu'après le problème… vient la solution.

Vous n'aimez pas votre ventre ?

On a une solution.

Vos cuisses vous complexent ?

On a une solution.

Votre peau commence à montrer votre âge ?

On a une solution.

Vos cheveux ne sont plus comme avant ?

On a une solution.

Vous avez pris quelques kilos ?

On a une solution.

Et si vous ne trouvez toujours pas votre corps suffisamment bien…

Ne vous inquiétez pas, nous avons encore 47 solutions.

Crème.

Régime.

Complément.

Programme.

Vêtement gainant.

Sérum.

Appareil.

Injection.

Et maintenant, intelligence artificielle pour vous montrer à quoi vous pourriez ressembler si vous étiez… une version « améliorée » de vous-même.

Pratique.

On vous vend d'abord le complexe.

Puis on vous vend le remède.

Et non, cela ne veut pas dire qu'il existe une grande réunion secrète des industriels du monde entier avec un PowerPoint intitulé :

« Comment faire complexer Fanny avant ses vacances ? »

Ce serait presque rassurant.

La réalité est plus banale.

L'insatisfaction est simplement rentable.

Et lorsqu'une industrie peut vous faire croire que quelque chose chez vous doit être amélioré, elle peut ensuite vous vendre de quoi l'améliorer.

Alors, je ne vais pas vous dire de tout aimer.

Parce que franchement…

vous avez le droit de ne pas aimer vos cuisses mardi matin.

Vous avez le droit de vouloir perdre du poids.

De changer de coiffure.

De faire du sport.

De prendre soin de votre peau.

De vouloir vous sentir plus élégante.

Le problème n'est pas de vouloir changer.

Le problème, c'est de croire que vous devez changer pour avoir le droit de vous sentir bien.

Et ça, ce n'est pas la même chose.

Alors la prochaine fois que vous vous regarderez dans le miroir en pensant :

« Il faudrait que je cache ça. »

Essayez simplement de vous demander :

« Pourquoi est-ce que je pense que ça doit être caché ? »

Pas pour culpabiliser.

Pas pour devenir une femme qui aime absolument tout chez elle.

Juste pour reprendre un peu de pouvoir.

Parce que votre corps n'a peut-être jamais été le problème.

Peut-être que le problème, c'est tout ce qu'on vous a appris à voir comme un problème.

Et ça, ça mérite au moins qu'on en parle.

Si vous souhaitez être accompagnée pour vous réconcilier avec votre corps, c'est par ici ❤️